Les méthodes agiles se meurent,

maintenant ... Place à l’Agilité !

                 

Tout d’abord un peu d’histoire.

Dans les années 90 et dans le monde des projets informatiques, les contraintes sont de plus en plus fortes et l’efficacité devient de plus en plus faible.
À cette époque, des pionniers cherchent de nouvelles façons de mieux gérer leur projet. En 2001, ils se réunissent pour partager leurs méthodes. Cette réunion accouche du manifeste agile, qui officialise la naissance de ces méthodes en rupture par rapport au cycle en V devenu traditionnel. Elles obtiennent de bien meilleurs résultats : livraison à la date prévue, avec un contenu qui satisfait le client, et le tout dans une ambiance agréable. Ceci a pour effet d’attirer l’attention du monde informatique sur elles.

Comme souvent, les « early adopters » comprennent le sens et la puissance de ces méthodes. Pour ce qui est de l’Agilité, il s’agit d’un état d’esprit différent associé à des pratiques différentes : itérations, rôles simplifiés, amélioration continue, livraisons fréquentes, suppression de ce qui est inutile à l’équipe, soin apporté à la qualité, pour n’en citer que quelques-unes. Mais surtout, le facteur humain au centre : « il y a plus de valeur dans les individus et leurs interactions que dans les processus et les outils ».

Eh oui ! L’Agilité propose en substance d’arrêter de considérer les personnes comme des ressources interchangeables, et d’arrêter aussi d’appeler les développeurs des « pisseurs de code » ! De fait, la perspective ne fait pas rêver …

Propagation, perversion ... et agonie

L’Agilité accumulant de beaux succès, des sociétés informatiques commencent à s’y intéresser, mais n’y voient trop souvent qu’une manière de plus de « faire du business ». Elles vont alors chercher à se « proclamer » agile. C’est facile ! Les clients ne savent pas ce que c’est. Voilà une occasion rêvée pour vendre cher des consultants portant des titres barbares (Product Owner, ScrumMaster, coach agile). Malheureusement, beaucoup de ces sociétés abordent l’Agilité sous le seul angle des méthodes. Elles ne sont pas prêtes à changer leur état d’esprit, pas plus que leurs méthodes de travail. De ce fait, certaines vont « maquiller » un cycle en V classique dans leur méthode agile « maison ». Elles vont créer un processus agile mécanique, à appliquer de manière mécanique. L’état d’esprit agile n’a pas été invité. Au final, tout cela ne change pas grand-chose. J’ai entendu dire une fois « sur mon projet, on est agile car on a un serveur d’intégration continue » ! (sic). Nous voilà à quelques années-lumière de l’Agilité !!!
La conséquence est simple : de nombreuses tentatives d’utilisation de méthodes agiles se sont soldées par des échecs, parfois retentissants.

Quelques années plus tard, des expérimentations agiles sont abandonnées, d’autres cherchent à créer d’autres méthodes, font des mélanges, parfois hasardeux. Ceux qui ont réduit l’Agilité à de simples méthodes, qu’il faudrait appliquer mécaniquement, sont passés à côté de l’essentiel.
Un beau gâchis, en somme.

Ceux qui veulent considérer les méthodes agiles comme une suite de nouvelles procédures à appliquer mécaniquement, sans l’état d’esprit qui va avec, peuvent acter que ces méthodes sont mortes.
D’une certaine manière, tant mieux ! Ces personnes n’ont en fait quasiment rien changé à leurs habitudes d’avant, et n’ont fait que modifier l’emballage !
Paix à leurs méthodes pseudo-agiles !
                 

Le coeur bat toujours

Cependant, l’Agilité n’est pas morte du tout. Elle se recentre sur le coeur de son message. On parle de plus en plus des valeurs agiles, des principes agiles, d’une culture agile, de cet état d’esprit différent. Petit à petit, cet essentiel émerge de plus en plus. Les clients sont de mieux en mieux informés. Récemment, pour construire son appel d’offres, l’un d’eux m’a cité le manifeste agile, et a parlé de partenariat dans la durée, de « gagnant/gagnant », de « non-figé » ,  et a fini par accepter l’idée que la seule valeur sûre qui garantirait une réussite pérenne, c’est la collaboration, et non des KPI mécaniques.

Il y a toujours eu des personnes de bon sens. Ce qui est nouveau, c’est que l’Agilité puisse être utilisée comme « langage » pour se comprendre, poser des bases communes.

Par ailleurs, depuis quelques années, l’état d’esprit agile sort du cadre des seuls projets informatiques, accompagné d’une sélection subtile de pratiques. Et là encore, ça marche.

Cet état d’esprit émerge un peu partout. Il n’est pas la propriété de l’Agilité. Les SCOP, l’entreprise libérée, le « employees first ». Un employé valorisé, responsabilisé, et heureux d’aller travailler aura une production opérationnelle bien meilleure que s’il n’est considéré que comme un pion. Étonnant, non ?

L'Agilité, un tremplin pour une vision humaniste

Nous sommes à un tournant, un moment-charnière de l’humanité. Alors que certains s’enfoncent dans une spéculation financière toujours plus cynique, d’autres aspirent de plus en plus à répondre à une vocation simple : être heureux au quotidien. L’essor de tout ce qui parle de développement personnel en témoigne, et fait écho à un consumérisme individualiste dont les populations sont de plus en plus conscientes et écœurées.

Dans cette quête, l’Agilité possède une place particulière. Elle contient une philosophie, une vision humaniste de l’individu, centrée sur le respect. Nous sommes des êtres de relations, et elle est fondée sur la communication, le feedback, les relations, les interactions. Réaliste, elle reste loin du monde des bisounours et prône le courage, l’adhésion et l’engagement.

Mais l’Agilité est aussi particulière car elle nous dit comment nous y prendre concrètement, comment s’organiser (petites équipes, itérations, rôles, cérémonies, bonnes pratiques). Quelle philosophie propose aussi son mode d’emploi au quotidien ?

              

Grâce à internet, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il existe un moyen de relier un grand nombre de "gens d'en bas", partout sur la planète, et d’être à l’écoute des bonnes idées de chacun. Le concept d’intelligence collective n’a jamais été aussi porteur de sens et d’espoir.

Avec l’Agilité, et internet qui nous relie, nous avons ce qu’il faut pour qu’un changement réel et profond advienne. Pas moi tout seul, ni vous d’ailleurs, mais ensemble …

Oui, je le crois, ensemble, et avec l'Agilité, nous pouvons contribuer à ce que notre monde change.

Rémy

Mars 2014